En Suède, plus on réparera, moins on paiera d’impôts

Adressée au Parlement suédois fin septembre 2016, une mesure visant à promouvoir la réparation des objets plutôt que leur envoi à la casse vient donner un coup de jeune à la fiscalité incitative. Votée en décembre prochain, la loi pourrait être appliquée dès janvier 2017 et mettre du plomb dans l’aile aux habitudes occidentales de surconsommation. Un pas de plus, si la loi est adoptée, vers une économie plus durable dans un pays déjà bien avancé sur le sujet.

Nous le savions déjà, la Suède est souvent un pays précurseur en matière d’écologie et de développement durable. Avec à sa tête un gouvernement de coalition entre les social-démocrates et le parti vert, le pays fait figure d’exemple lorsqu’il s’agit de mettre en place des mesures vouées à protéger l’environnement. Ainsi, depuis 1990, la Suède est en outre parvenue à diminuer ses émissions de CO2 annuelles de près de 23%, et c’est aujourd’hui un peu plus de la moitié de sa consommation énergétique totale qui est issue des énergies renouvelables. De son côté la France frôle les 9% d’énergies renouvelables consommées.

Des mesures fiscales pour inciter à réparer

Aujourd’hui, le pays s’apprête à franchir une étape de plus dans sa politique éco-friendly. Si la proposition du gouvernement est adoptée en décembre prochain, les Suédois pourraient bientôt bénéficier d’une réduction de leurs impôts dès lors qu’ils privilégieront la réparation au « tout jetable ». Couvrant la réparation d’objets aussi divers que les vélos, les vêtements ou encore l’électro-ménager, la mesure s’inscrit en faux contre la surconsommation et l’obsolescence. Ainsi, dès janvier prochain, les Suédois pourraient voir la TVA appliquée sur les services de réparations passer de 25% (taux aujourd’hui en vigueur) à seulement 12% !

Mais la mesure ne s’arrête pas là. Dans une politique fiscale incitative, le gouvernement pourrait aussi décider de mettre en place des déductions fiscales pour ceux qui choisissent le raccommodage et le dépannage plutôt que la poubelle. De cette façon, l’individu qui aurait recours à un service de réparation pourrait demander à être remboursé à hauteur de 50% des frais engagés. L’idée est donc ici de rendre le recours à un service de réparation plus économiquement avantageux pour le consommateur que le rachat d’un autre objet. Et les conséquences peuvent être nombreuses dans la société…

Une stratégie de long terme aux multiples bénéfices

Le Ministre des Finances suédois, Per Bolund, a confirmé que la proposition de loi s’inscrivait dans un contexte d’intérêt grandissant de la part des ressortissants suédois pour les questions environnementales. Leur demande en produits issus du commerce équitable et de l’agriculture biologique augmenterait de 40% tous les ans, et de grandes chaînes de magasins participent déjà à la propagation des réflexes de recyclage. Des marques de vêtements ou de parfums, par exemple, propose à ses clients de reprendre leurs anciens vêtements, contre lesquels elle leur offre des remises en magasin.

Avec un investissement de 740 millions de couronnes (76,5 millions d’euros) qui correspondent aux pertes à gagner pour les caisses de l’État, la stratégie se veut payante sur le très long terme. La Suède souhaite en effet avancer dans la direction d’une économie circulaire fondée sur l’utilisation d’énergies vertes, la lutte contre la casse et le recyclage. Une réduction des coûts liés à la pollution et au gaspillage est également visée. Des coûts qui ne sont pas négligeables pour les états : en France, on estime que la pollution fait perdre au pays 101,3 milliards d’euros chaque année.

Avec cette loi, le gouvernement suédois espère stimuler l’industrie de la réparation et générer la création d’emplois dans un pays en manque de postes à basses qualifications. Sur le long terme, la Suède pourrait donc bien se retrouver gagnante sur tous les plans en renonçant aux lois dictées par la société de surconsommation à l’avantage d’une « société de la récup », plus humaine. Reste à ce que la loi soit adoptée, et pourquoi pas entendue du monde politique d’autres pays.

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