Imaginez une économie dont la ressource principale est infinie …

Extrait du traité sur l’économie de la connaissance du Dr. Idriss J. Aberkane

Imaginez une économie dont la ressource principale est infinie. Imaginez une économie dotée d’une justice intrinsèque, une économie qui facilite et récompense le partage, une économie où le chômeur a davantage de pouvoir d’achat que le salarié, une économie où 1 et 1 font 3, une économie dans laquelle tout le monde naît avec du pouvoir d’achat et où, enfin, le pouvoir d’achat ne dépend que de vous-même.

Aussi parce que toutes les problématiques de gestion des ressources et de l’énergie peuvent être ramenées à celle de gérer la connaissance en train de se faire, c’est-à-dire à ne pas utiliser et épuiser une ressource d’une façon triviale aujourd’hui alors que demain la connaissance existera pour l’utiliser d’une façon bien meilleure.

… Un kilogramme de boue renferme suffisamment d’énergie de masse pour satisfaire la demande annuelle mondiale en énergie, mais c’est par un manque de connaissance que nous sommes incapables de la libérer.

… L’économie de la connaissance permet une croissance à la fois saine et infinie, ce qu’absolument aucun autre paradigme économique ne permet aujourd’hui. Elle nécessite cependant, pour s’imposer, la destruction créatrice de nos anciens paradigmes économiques, basés sur la rareté, la division et le malthusianisme, c’est-à-dire des paradigmes qui sont trivialement ancrés dans le matériel et non dans l’immatériel.

Or ces paradigmes économiques, hérités de la révolution industrielle, ont encore la vie très dure, car ils ont envahi et normalisé notre système éducatif lui-même, formant les générations de demain avec les idées d’hier, mesurant le passé sur le futur. Or ne pas marcher sur son futur avec les moyens du passé est l’enjeu fondamental du développement durable.

Un combat politique prolongé illustre à quel point la destruction créatrice de l’économie du capital et des ressources au profit de l’économie de la connaissance est pénible.

Bien que ses prémices soient plus anciennes, nous pouvons le dater à l’année 1977, au cours de laquelle Jimmy Carter, en marge d’un fascinant discours où il déclare que la crise énergétique est « l’équivalent moral de la guerre », fait le calcul suivant : si nous indexons le dollar sur les matières premières, son potentiel est grand mais limité ; si nous indexons le dollar sur la connaissance, son potentiel est infini.

… Explorer, exploiter et faire circuler ce grand pétrole que sont la sagesse et la connaissance est l’enjeu politique de la nooéconomie, elle-même branche pragmatique et élégante de la nooscience, la connaissance de la connaissance.

En prélude à la question « comment fait-on de l’économie de la connaissance ? », nous observons donc déjà que la réception populaire de toute révolution, de toute idée de génie dans l’histoire, passe par trois étapes :

Étape 1 : elle est considérée comme ridicule, et en particulier irréalisable. Cela vient de ce que l’homme mesure naturellement le futur sur le passé. L’abolition de l’esclavage est irréalisable, le droit de vote des femmes est irréalisable… Aujourd’hui, l’abolition totale de la pollution est irréalisable. Pourtant, Gunter Pauli montre que non seulement elle ne l’est pas mais qu’elle est hyperrentable, exactement comme l’abolition de l’esclavage a en son temps accéléré l’industrialisation et donc l’entrée dans un paradigme infiniment plus riche économiquement.

Étape 2 : elle est considérée comme dangereuse. Les suffragettes, après avoir été ignorées et ridiculisées, furent torturées, psychiatrisées, emprisonnées et, en dernier recours, tuées.

 Étape 3 : elle est considérée comme évidente. Aujourd’hui les femmes votent. So what ?

Les réactionnaires de demain baseront leurs certitudes sur les révolutions d’hier sans jamais avoir appris l’origine et la dynamique de leurs certitudes.

La connaissance a deux propriétés sociales fondamentales : la collégialité et la prolificité.

Collégialité signifie que chacun en possède une partie, et personne le tout. Une conséquence de cette propriété est que si nous n’apprenons pas en groupe, nous n’apprendrons plus du tout.

Les États ou les organisations qui désirent augmenter leurs flux de connaissance et de sagesse (c’est une nécessité vitale) doivent s’assurer que leur population est « alphabétisée dans le groupe », c’est-à-dire que son éducation et son action sont centrées sur le groupe et sur la capacité à travailler en groupe en particulier, plus que sur l’individu. Or ce qui empêche spécifiquement les humains de bien coopérer et de bien se réunir, c’est l’ego.

Seconde propriété sociale de la connaissance : la prolificité. La quantité de connaissance mondiale double tous les sept à neuf ans.

… La prolificité de la connaissance pose un problème logistique évident que toutes les organisations du monde doivent chercher à résoudre : la connaissance croît exponentiellement, alors que sa distribution (le langage, le texte, la vidéo…) est essentiellement linéaire dans le temps. Nul besoin d’être un expert en chaînes d’approvisionnement pour reconnaître qu’il y a là un problème.